Le terme Chaman, actuellement très en vogue (trop parfois peut-être), vient se placer là où la langue française fait défaut. En effet, il n'existe pas en français de terme permettant d'évoquer la notion de transcendance avec les forces invisibles de la nature. En ce qui me concerne, ce qui pourrait s'en rapprocher le plus est relatif au "panthéïsme", ou communion spirituelle globale dégagée des dogmes et de la religion.

En réalité le chamanisme remonte aux origines spirituelles de l'humanité et nous plonge dans la nuit des temps d'un passé commun, dans lequel tout être humain peut encore puiser, au-delà des coutumes, des races et des particularismes. Car la fonction première du chaman consiste simplement à entrer en communication avec le monde invisible, communiquer avec lui et en rapporter des aides et des informations.
Ce monde invisible concerne pour le chamanisme "historique" à la fois les ancêtres, détenteurs des clefs de la connaissance et de l'âme de la tribu, les entités du monde de la nature et les entités supérieures, protectrices et investies de pouvoirs supra-humains. D'une certaine façon cette connexion universellement indispensable reste inscrite en filigrane dans l'inconscient collectif de l'humanité, et chaque personne porte en elle-même cette aspiration spirituelle spontanée qui peut se manifester à chaque instant, particulièrement au contact de la nature et de ses secrets murmurants qui incitent l'homme à se réveiller de sa torpeur spirituelle.

C'est là tout l'enjeu de l'engouement pour le chamanisme. C'est un signe des temps qui ne peut être prit à la légère et même si les formes peuvent évoluer, ce qui me paraît interpellant c'est l'aspect universel et immédiat de cette pratique, reliée à l'instinct et à l'intuition, à l'être dans sa simplicité et son dépouillement, sans fard, sans interférence du mental et faisant prise directe avec le corps et les émotions.

img tamb chaman

Il suffit de très peu. Un tambour, le silence de la forêt (et de la nuit, encore plus propice pour fuir la mécanique du mental) et la magie directe du son proféré par la voix. Le chant chaman est un appel, une prière, un agent magique irrésistible. Sans connaissances préalables, sans l'expérience d'un authentique chaman rompu aux disciplines exigeantes de son art, il est possible d'atteindre des états de vibration qui nous mettent au diapason avec cette conscience "chamane", ou quelque autre vocable qu'on souhaite lui attribuer..

Peu importe, finalement, les mots. Il existe des puristes et des spécialistes de la cause, initiés, formés et adoubés sur l'autel de tel ou tel grand chaman dans je ne sais quel pays lointain avec telle ou telle technique (et ils auraient d'ailleurs bien tort de s'en priver !). Mais, à titre personnel, je ne me sens pas directement concerné. Ce qui me parle bien davantage, c'est déjà de me rapprocher de la résonance transpersonnelle ("chamane", donc) que chacun porte en soi, cette porte ouvrant sur des horizons insoupçonnés.

L'être humain, par définition, est un merveilleux auxiliaire,  un canal entre ciel et terre possédant le pouvoir de mettre en action des énergies, de véhiculer des forces au-delà du visible. Par la pureté de son intention et l'ardeur de sa prière, il peut devenir spontanément un "chaman" instinctif. Les résultats peuvent parfois s'avérer surprenants mais, surtout, c'est une façon de se relier à la force première, de s'élargir, de relâcher toutes les tensions, de vibrer en corps et en esprit. Avec une ardeur véritable, de la joie, de l'enthousiasme pour soi-même et pour les autres. 

Maintenant ce qui est primordial, c'est la qualité de l'approche et de la préparation qui conditionnera le succès de l'expérience. Il est essentiel de laisser tous ses fardeaux derrière soi, comme si on s'apprêtait à  faire une merveilleuse rencontre, le coeur rempli d'espoir. La veillée "chamane" n'est ni un défouloir ni un exutoire, ni non plus un passe-temps agréable, c'est une porte grande ouverte, une célébration, un appel collectif vers des horizons lumineux qui sollicite toutes nos énergies.

Il faut aussi connaître une forme de loi : lorsque plusieurs personnes se réunissent ainsi, dans une pureté d'intention et une certaine ferveur, cela attire des bénédictions de l'invisible. J'aime cette notion du sacré qui ne se nomme pas. Simplement, par la magie de nos présences, tous ensemble, nous créons un "vortex" d'énergie qui nous transcende mutuellement et nous transforme en courants conducteurs de vie, de joie, de puissance transpersonnelle.

Cette célébration ne s'arrête d'ailleurs pas à la veillée. Pour ce qui me concerne, chaque Bivouac constitue une célébration de tous les instants. À chaque pas, dans la forêt, dans la rivière, tout vibre, résonne et sollicite les capteurs subtils. Particulièrement, lorsqu'il fait beau temps, le flux solaire exalte toute la nature, et mon propre corps en frémit de bonheur. La communion avec la rivière peut constituer pour ce qui me concerne une activité à plein temps, de même nature qu'une veillée chamane.

La clef de tout cela, finalement, c'est l'amour et la communion. La véritable clairvoyance vient du coeur, et la clef pour entrer dans le Royaume de la Nature Vivante au-delà des apparences est au fond de nous tous, par cet amour, ce besoin inné de fusion avec la la vie et la beauté présents à profusion partout. Le tambour devient le coeur du monde, et notre modeste office, au coeur de la forêt par une douce nuit de printemps, une promesse palpitante qui donne tout son sens à notre présence dans le sanctuaire de la Nature.