Ce Bivouac de Pentecôte a commencé après le déluge qui a deferlé sur tout le sud-est ce week-end...

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La montagne était gorgée d'eau, des ruisselets apparaissaient spontanément sur le flanc des collines en se déversant en autant de petites cascades luisantes sous le soleil vers les ravines inondées. Les sentiers devenaient ruisseaux, les ruisseaux rivières et la rivière...fleuve grondant.

Ainsi la rivière renouvelait l'aventure du bivouac de l'année dernière début mai...impossible de passer ! Le courant était trop fort, le lit trop profond et en dépit de la corde à laquelle je me cramponne je me sens comme un brin de paille dans la tempête. Le Vanson, alimenté par le ruissellement des collines qui l'encerclent et par la grande montagne qui l'alimente, semble se ruer vers la Durance qui lui tend les bras quelques kilomètres plus bas. Impossible de lui faire entendre raison. En même temps, je suis légitimement impressionné par cette rivière...quelle puissance, quel éclat de force brute et sauvage l'anime soudain ! Pourtant le ciel est clair, les nuées paisibles, il fait doux, rien ne heurte au coeur de cet écrin de verdure accueillant. Un fleuve éphémère vient de naître...

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Pour être honnête, tout mon programme est bouleversé. Les stagiaires du bivouac, qui ont résisté à la tentation d'annuler après un samedi dantesque qui en aurait découragé plus d'un, paraissent determinés et heureux d'être là.

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Nous sommes le lundi, le bivouac est commencé depuis quelques heures et nous avons dû passer par la crête afin de contourner les flots inaccessibles. 
Nous sommes arrivés à bon port mais ne pouvant accéder à l'autre rive, ni aux gorges recelant tant de richesses, je dois renoncer aux perspectives habituelles. Pas de sweat-lodge, pas de rivière, pas de bains d'argile, pas de temple non plus et encore moins de chambre de la fée...Après quelques minutes de questionnement intense la solution affleure limpidement. Une porte se ferme, d'autres s'ouvrent immédiatement. Je l'ignore encore, mais la forêt du Vanson va nous offrir de quoi vivre pleinement ces deux jours...

 


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Toutefois le Vanson nous accueille pour une unique baignade. Près de la berge le courant est encore suffisement faible et la profondeur telle que nous ne résistons pas au bonheur de nous confronter à ce tumulte en plongeant dans l'onde trouble, suspendus à la corde par sécurité. Nous nous succédons tous pour ce baptème sauvage et finalement tellement délicieux ! Nous devons en revanche faire nos adieux au Vanson, au bivouac habituel et à l'autel de pleine nature pour monter vers l'inconnu d'un Sentier du Bivouac totalement inédit et improvisé...

La solution se trouve de l'autre côté maintenant. La forêt domaniale du Vanson s'étale sur des km² de verdure entre torrents, collines et montagne et le lieu "historique" des bivouacs n'est qu'un petit point dans cette étendue immense. En montant sur la crète d'autres possibilités émergent. Arrivé au sommet, je me sens comme aspiré par une énergie nouvelle, différente des bivouacs habituels. Le versant habituellement dédaigné plonge dans une vallée large et profonde irrésistiblement attirante, riche de promesses. Tout semble si facile maintenant. 

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Nous avons monté quelques ustensiles du bivouac "d'en-bas" et monté le nouveau bivouac dans un lieu particulièrement accueillant, herbeux, à la fois protégé et en même temps offrant une vue bien dégagée avec une abondance de bois mort pour le feu. En contrebas, un petit torrent gronde avec un fracas assez surprenant, résonant comme un appel pour le lendemain.

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Le feu de camp nous entraîne dans la nuit et je ressens ce petit vertige de l'inconnu avec un délice renouvelé. À chaque fois, c'est le même défi qui s'invite. Des personnes qui ne se connaissaient pas encore quelques heures auparavant vont accompagner et partager ce moment suspendu, prélude à une veillée "chamanique". C'est l'heure du hibou, qui lance l'appel et annonce la montée des étoiles. 
Nos voix s'élèvent, se répondent, dansent dans l'immobilité nocturne. Tout d'abord offrande intime, création spontanée et partagée, la veillée laisse pénétrer d'autres accents, plus sauvages, incantatoires, soutenus par le tambour. 
Une d'entre nous particulièrement semble investie par cette énergie catharsique, déferlant comme une vague harmonique à travers le corps, la voix, dans un office un peu sauvage mais aussi approprié et bienfaisant. 

Le lendemain allait nous offrir une opportunité cruciale de vivre une séquence pleinement consacrée à la quête de l'écologie sacrée. 

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Au coeur de la nature, après le café et une descente vers la petite rivière, une célébration se préparait, dans la discrétion du jour naissant. 
Nous arrivons près d'une source se déversant dans un bassin de pierre séculaire, grand comme une baignoire. Dans une alcove, des verres s'offrent aux passants éventuels afin de boire l'eau pure. Ce sera un baptême improvisé.

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L'idée de laisser couler l'eau du verre sur la tête ouvre une porte. Le contact avec cette eau si pure nous saisit avec délice et nous offre un bien-être énergétique immédiat, comme une coulée cristaline, qui nous a subitement permis de basculer vers la suite.

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Spontanément, et pour la première fois du stage, une sorte de grâce édenique s'installe. Le torrent limpide qui coule juste à côté nous offre un bain de pureté régénérant, et il me semble que nous ruissellons de lumière avec nos corps scintillants de goutelettes fraîches. Ce bain a tout d'une naissance et ouvre la voie.

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Nous nous élançons ainsi pour une marche presque solennelle sur le sentier herbeux qui s'enfonce dans la forêt, pénétrés par la beauté de l'instant, inattendu, imprévisible et néanmoins si naturel. Nous marchons, délestés de nos vêtements, vers l'orée de la rivière pour y accomplir la geste douce des "danses douces et sauvages".
Cette célébration permet de capter l'énergie étherique de la nature en communiant par des gestes simples et efficaces, inspirés par les courbes, volutes et spirales energétiques qui parcourent le royaume de la nature.
C'est un acte de profonde communion panthéiste et amoureuse, empreint d'allégresse paisible, déclenchant frissons, picotements, chaleur et sensations de bien-être multiples. Une plénitude veloutée nous enveloppe, face au soleil, comme si tous ces rayons multicolores nous pénétraient et inondaient notre corps dans une euphorie de lumière.

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Pour ma part, je partage avec une immense joie ce moment avec mes complices d'un matin. Moment rare, et précieux, de quatre corps offerts à la magie  d'harmonies simples et pures sous un ciel immense parcouru de bénédictions invisibles.

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Pour la plupart c'est une expérience inédite, nouvelle, hors normes, dans des circonstances uniques et privilégiées. Un instant suspendu dans le temps qui constitue aussi une découverte forte dans la perspective des échanges subtils avec la nature, ouvrant des horizons peut-être insoupçonnés.

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 L'après-midi, après être remontés au bivouac sur la crête au milieu des chevreuils, nous avons scellé cet accord avec l'esprit de l'écologie sacrée par une célébration en l'honneur du magnifique Hêtre qui surplombe le bivouac à peu de distance.

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En revanche, ce bivouac écourté nous laisse un peu sur notre faim. Néanmoins c'est une invite, une ébauche déjà inespérée vu les conditions météo puisque le soleil a été omniprésent.

Je remercie du fond du coeur les participants du 8ème bivouac des Sentiers du Bivouac pour leur détermination, leur ouverture d'esprit et les richesses qu'ils ont apporté en contribution à ce bref mais très beau bivouac.

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 Aujourd'hui, une autre porte est ouverte au coeur du domaine dans lequel évoluent les Sentiers du Bivouac. Une autre voie, une issue vers les hauteurs (et le soleil levant d'ailleurs) qui offre un nouveau point de repère dans la perspective des prochains Sentiers. Avec tant d'espaces à explorer...dans la nature et en nous-mêmes !

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Rendez-vous désormais le 22 Juin pour le prochain stage de 3 jours, consacré au solstice d'été...

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